Concours de nouvelles 2010 - Nouvelles lauréates - Catégorie français 1ère

Publié le par festivalamericajeunesse

 

A Cinq Minutes Près

Une bonne et une mauvaise journée

 

Mercredi matin, jour d’école.

06h55

Mon réveil sonne. La radio se déclenche. J’ouvre les yeux, les referme et me rendors.

07h00

Il est tard. Il faut que je me lève sinon je vais être en retard.

Je sors de mon lit.

Encore cinq minutes… et je me lève.

07h05

Je prépare mon petit déjeuner. Puis, je m’installe à la table du salon.

Je m’extirpe de mon lit.

07h10

Je prends mon temps pour manger mes tartines et pour boire mon thé.

Je descends à la cuisine, ouvre les placards à la recherche d’un paquet de biscuits.

07h15

J’entre dans la salle de bain pour prendre ma douche.

Je grignote mes gâteaux avec un verre de lait.

07h20

Je termine de me préparer tranquillement.

Je me précipite sous la douche

07h25

Je mets ma veste et saisis mon sac.

J’enfile une tenue à peu près correcte.

07h30

Je ferme la porte derrière moi. Un petit vent frais me caresse le visage. Je me dirige vers l’arrêt de l’autobus. Personne. Tout est calme. Je m’assieds sur le banc de l’arrêt. L’autobus devrait arriver dans environ cinq minutes. En attendant, j’écoute de la musique.

Je dévale les escaliers et attrape ma veste et mon sac, au passage.

07h35

L’autobus est là. Je monte. L’intérieur du véhicule est assez tranquille, quelques personnes sont assises de part et d’autre. J’aperçois mes amis. Ils me demandent comment était le film que je suis allé voir la veille.

Je sors de chez moi. Un vent glacial m’agresse le visage. J’aperçois l’autobus. Je cours pour essayer de le rattraper. Le conducteur me claque la porte au nez et démarre. Il n’y a plus qu’à attendre le prochain qui passe dans dix minutes. Je décide d’écouter mon baladeur. Plus de batterie. Décidément, tout va mal aujourd’hui !

07h40

A cette heure-ci, il n’y a presque aucune voiture sur l’itinéraire de l’autobus. Ce dernier circule donc facilement sur le boulevard.

Les ouvriers du chantier derrière l’arrêt arrivent. Le vacarme assourdissant des pelleteuses qui se mettent en route me fait mal à la tête. Il y a de plus en plus de monde à l’arrêt.

07h45

Nous arrivons rapidement à la station où j’ai l’habitude de descendre.

L’autobus n’est toujours pas là. Je commence à m’impatienter.

07h50

Nous nous dirigeons vers l’école en passant par la petite rue avec les arbres en fleurs.

Un enfant se met à pleurer à côté de moi. Je m’éloigne et regarde au loin pour pouvoir apercevoir l’autobus s’il arrivait.

07h55

Nous restons un peu devant le portail car nous sommes en avance.

Deux autobus se suivent. Je rentre dans le second car le premier est rempli de monde.

08h00

Nous rentrons dans l’école. Je fais un détour pour accompagner mes amis jusqu’à leur salle.

J’essaye de me frayer un chemin vers le fond du véhicule pour dénicher une connaissance. Sans résultat.

08h05

Je rencontre une amie que je n’ai pas vue depuis longtemps. Je discute avec elle quelques minutes.

L’autobus n’a fait que la moitié du chemin alors qu’il devrait être arrivé à l’arrêt où je descends. Nous sommes au milieu des embouteillages du mercredi matin !

08h10

La sonnerie qui marque le début des cours retentit. Je me dirige vers ma classe, entre et m’installe à ma place.

Je descends, enfin, de l’autobus. Je cours le plus vite possible car la cloche doit être en train de sonner à l’école.

08h15

Le silence se fait. Le professeur nous distribue un polycopié.

J’ouvre la porte de la salle, essoufflée. Tout le monde est entrain d’écrire en silence. Mon professeur me fait signe de m’asseoir. Mon professeur me tend un polycopié.

 

Je parcours la feuille des yeux : « Expression écrite : la ville ». Comment pourrais-je en parler ? Je commence à écrire : « Une ville est comme un être humain. Elle est en perpétuel mouvement, elle peut changer du jour au lendemain, elle peut être différente à cinq minutes près… »

 

Alice Renaud - 1ère L - Lycée Montalembert -

 

 

 

 

LE DESTIN DE FAUNA

 

 

Depuis la création de ce monde virulent, l’espèce humaine imparfaite qu’était l’homme n’a cessé de s’interroger sur l’avenir de son esprit torturé.
Bonobou, Frigent, 2064.


   Dans la ville de Bonobou, capitale d’une contrée anxiogène et insipide, vivait une femme humanoïde d’une vingtaine d’années. La polycystémie la ravageait depuis voilà dix ans, ce qui expliquait son teint blafard, ses cheveux gras et cireux, ainsi que sa bouche décomposée qui affichait un sourire nauséabond. Fauna-Barbara essayait chaque matin, en vain, d’apporter une touche de gaieté à ce visage hideux qu’elle exécrait ; et d’arranger ses cheveux infâmes dans un ordre papillonnaire. Puis, elle sortait dans Bonobou, exhibant ses pauvres jambes qu’elle traînait comme deux cuisses de jambon fraîchement amputées ; en tentant de se démarquer dans ce monde d’une conformité surprenante. Elle beuglait telle une truie sentant la fin approcher. Ce qu’elle voulait lui échappait comme une bande de poissons volants happés en plein vol. Elle recherchait l’absolution de l’âme, le réel devenir de l’être. Personne, dans l’unique masse mouvante et compacte qui l’encerclait, ne daignait lui fournir des réponses. Le sentiment qui remontait le long de son échine, parcourant hargneusement son immonde et visqueuse carcasse , lui était d’une habitude déconcertante. Il était formé de jalousie face à ce peuple si parfait et si prétentieux, ainsi que de honte pour son être affublé des pires tares que Dieu aurait pu créer. Cet état d’âme l’inondait lorsqu’elle tentait de comprendre l’avenir de l’être en interrogeant les individus de la ville.

           
   Le climat de la ville de Bonobou était chaud. Une chaleur suffocante se répandait sur la ville dès la montée du soleil dans la voûte céleste, plongeant ses malheureux et parfaits habitants dans un âtre abyssal sans échappatoire. Les citoyens de cette immense ville aux boyaux tortueux étaient constamment gorgés d’eau dans l’unique but de ne pas tomber dans la déshydratation la plus mortelle. Ils maugréaient sans cesse sans se remettre en question, contrairement à Fauna-Barbara qui s’enfournait perpétuellement sous une masse de questions existentielles. La ville était conditionnée pour laisser sa population patauger dans une ignorance qui défiait toute concurrence. Sa devise était :

 

Qui défie les règles

Soit happé par l’aigle

 

Qui oublie son pain

Se mange les deux mains

 

Qui frappe son voisin

A droit au gourdin

 

Qui pose trop de questions

Se munit d’un clairon

 

Personne n’a jamais pu comprendre cette dernière et ultime strophe, quatrième et dernière règle de Bonobou. Fauna-Barbara en était l’illustre illustration illustrée par la haine des autres habitants. Nonobstant ce visage répugnant, elle arborait un air qui se voulait éclairé et malin quand on la regardait, tentant de se faufiler parmi les méandres obscurs que formait la foule, tels des hirondelles volant en silence au-dessus de champs de blés ravagés par la main vengeresse et cupide de l’homme. Nonobstant ce visage répugnant, elle continuait d’y croire, de fixer sans cesse les possibles réponses à ses questions.

  
   La ville était une ville-police, une entité brute d’où émanaient des règles strictes férocement respectées en raison des sanctions imposées. Suite à des évènements historiques qui ont engendré une violence sans précédent, la ville fut composée le 30 Septembre 2012, de six quartiers : Nouill’town, Navay District, Zenowouaire, Ohmandy, Ver-Warengu et Numérot.

Ces quartiers étaient agencés de façon à ce qu’un igloo soit érigé chaque année au centre du quartier lors de la fête nationale Bonobouienne. Dans ce climat aride, les igloos ne tenaient pas plus de 16 minutes et 32 secondes. Ce qui apportait une légère boutade comique et plutôt drôle au sein du peuple unifié.


   Fauna-Barbara est en réalité pervertie par cette société conformiste, qui la force à se sentir différente de la foule suffisante qui l’entoure. Alors elle se mit à boire, boire et boire son désespoir. Encore. Et encore.

 

 

Tom Sachs et Lucie Brismontier - 1ère ES - Lycée Montalembert -

 

 

 

Le Pavé et la Rage

 

            Vole un pavé. Dans ce monde pourri par le profit. Là où la télé, l’ordi et le portable sont rois. Cette ronde des firmes et du fric, où le plus cupide trouve sa place. C’est vrai, lui, il ne jette pas de pavé.

Brûle une bagnole. D’un côté il y a ceux qui, du haut de leur ego, profitent de ceux qui, de l’autre côté, n’ont plus rien. Alors c’est sûr, eux, ils ne brûlent pas de bagnole.

C’est dans la rue que ça se passe.

 

Le toit du 68 avenue de Stalingrad avait perdu la moitié de ses tuiles. A l’intérieur, ça sentait l’urine à s’en faire vomir. Près de la totalité des carreaux étaient ébranlés. Des mauvaises herbes poussaient sur le toit de la mezzanine.

Mais qu’importe, du moment que les Red Warriors en avait fait leur planque. Les battes de baseball s’entassaient sous l’escalier. Dans ce qui semble être, où plutôt avoir été, la cuisine, Andreas s’appliquait à la fabrication de cocktails Molotov. La clope à la bouche, il mélangeait aisément dans un bidon vide d’essence un fond de White Spirit avec de l’alcool à brûler. Dans le salon, ça buvait. Boris et Rosa s’assommaient à la bière et au whisky-Coca, autour d’une table et d’un jeu de cartes. Louise quant à elle, dessinait sur les murs. C’était de l’abstrait, avec parfois en plein milieu, comme une tache, un slogan contestataire.

Un but les rassemble, et les oblige à se cacher depuis un an : casser ce système. Ce soir serait un grand soir, celui où cette planète s’apprêtait à être bouleversée. Où tout ce système allait plonger. C’était le soir de la révolte, et de la renaissance.

Maintenant, Boris s’attaquait à la coke. Andreas était monté dans ce qu’on pourrait appeler leur dortoir. Louise et Rosa étaient parties. Il était vingt-deux heures, l’heure était venue. Un an de travail allait enfin se voir récompensé : Wall Street allait péter.

Andreas avait fermé la porte à clé. Assis au bureau, il y griffonnait sans doute l’un de ses plus beaux poèmes, et sûrement le dernier. Il s’alluma une autre cigarette. Vint s’asseoir au bord de la fenêtre, regarda le ciel, et se remit à écrire. Deux heures passèrent.

Quand minuit sonna, il ouvrit la porte et descendit. Sur le canapé gisait le corps inanimé de Boris. Sur le dos, il s’était étouffé dans son propre vomi. Andreas le contempla quelques minutes. Lorsque le bruit d’une explosion retentit au loin. Aucun doute, c’était fait.

Andreas rassembla les affaires du groupe et sortit les mettre dans le coffre de la voiture. Maintenant, c’était les sirènes de police qui retentissaient. Une ample fumée grise se répandait dans le ciel. Andreas n’avait pas beaucoup de temps.                                                     

Il mit le contact et démarra. Il ne put s’empêcher d’allumer la radio. Wall Street n’était plus de ce monde, Rosa et Louise non plus d’ailleurs. Le speaker annonçait qu’elle venait de se faire abattre. Mais ça n’avait aucune importance, le chaos était dorénavant inévitable.

Andreas quittait Manhattan, puis bientôt New York. Sa Fiat empruntait maintenant un étroit chemin de campagne, un mile plus tard, la voiture s’arrêta. Elle se tenait devant la maison de ses parents. Andreas embrasa une nouvelle cigarette, la dernière de son paquet. Il sortit de la voiture, et ouvrit le coffre. Il en ressortit trois objets : une lettre, une échelle, et une corde.

Il insère le premier objet dans la boîte aux lettres placée en bordure de route. Il sait très bien que cette lettre fera la une de tous les journaux de demain.

Et le reste des objets ? Vous savez bien de ce qu’il va en faire.

 

Flavien Ramonet - 1ère L - Lycée Montalembert -

 

 

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